« Parfois, j’ai peur, j’ai faim, j’ai froid, mais j’ai tellement de chance d’être là »
Au cinquième jour de course, Alexia Barrier a déjà parcouru plus de la moitié du parcours en direction de l’archipel antillais. Une Route du Rhum – Destination Guadeloupe qui tient toutes ses promesses en termes d’intensité et d’engagement. A bord d’IDEC SPORT – CIC, actuellement cinquième au classement général provisoire ULTIM, si la vie est rude, la navigatrice conserve ce sourire et cette énergie qui la caractérisent, fière de ce qu’elle a déjà accompli.
« La salle de sport est ouverte 24h/24 à bord », voici un bon résumé de l’entame de course signée Alexia Barrier. Alors qu’elle vient de passer un premier front sans encombre, la navigatrice continue de tracer fièrement son sillage à travers l’Atlantique sur une route très atypique pour la saison.
« Chaque minute que je vis est tout simplement extraordinaire »
Depuis le départ, la première femme engagée en ULTIM n’a pas ménagé ses efforts face aux exigences extrêmes de la navigation en solitaire. Une fierté pleinement assumée pour celle qui vient de rendre une très belle copie sur cette première moitié de course : « Je suis vraiment contente de ce que j’ai fourni jusqu’ici sur cette Route du Rhum. Chaque minute que je vis est tout simplement extraordinaire. Parfois, j’ai peur, j’ai faim, j’ai froid, j’ai mal, je pleure, mais malgré tout, j’ai tellement de chance d’être là. » Un degré d’engagement qui impressionne, jusqu’au sein de son équipe et son routeur Christian Dumard : « Ce qui me fascine, c’est la force et les ressources qu’Alexia peut trouver même en étant très fatiguée. »
Avec 4000 calories brûlées en moyenne par jour, l’alimentation et le repos sont essentiels. « J’essaie de bien gérer mon énergie car les manœuvres m’en prennent beaucoup » À bord, le rythme imposé est un enchaînement permanent : « C’est manger, dormir, manœuvrer, manger, dormir, manœuvrer. » Une cadence si soutenue qu’elle pousse parfois le mental dans ses retranchements : « Sur les premières 24 heures, je n’ai pas dormi. Alors j’ai eu quelques hallucinations auditives. J’avais l’impression que tout l’équipage The Famous Project du Trophée Jules Verne était à bord avec moi. »
La Guadeloupe en ligne de mire
« C’est la première fois sur une Route du Rhum qu’il n’y a aucun alizé », explique Christian Dumard. Privée de ce flux régulier, la flotte doit composer avec des choix tactiques permanents. Et tandis que les autres concurrents de la classe ont mis le cap à l’ouest, la navigatrice et sa cellule de routage ont privilégié la route directe (l’orthodromie). « Alexia vient de passer un front qu’elle a bien négocié », analyse le routeur. « On pensait aussi partir vers l’ouest mais la porte par laquelle Guirec Soudée à réussi à se faufiler s’est fermée plus tôt que prévu. » Qu’à cela ne tienne, la cellule s’est adaptée pour proposer un autre schéma qui s’avère finalement moins difficile dans l’enchaînement des manœuvres.
« Dans les prochaines heures, Alexia va exploiter les bascules de vent de l’anticyclone », poursuit Christian Dumard. « Il faudra aussi prendre une décision pour contourner une dépression tropicale qui s’est installée au nord de l’archipel. » Pour faire le bon choix, la condition physique d’Alexia est la première des clés comme le souligne Clément Surtel, directeur technique The Famous Project : « Elle a quand même beaucoup manœuvré depuis deux jours et ça va être un peu comme ça jusqu’à l’arrivée. Le but du jeu, c’est de réussir à trouver le compromis entre des choix qui coûtent beaucoup d’énergie et le gain que cela apporte réellement. »
IDEC SPORT – CIC au rendez-vous de Sa course
Même s’il est l’un des plus anciens de la flotte, le maxi-trimaran rouge sait toujours résister aux conditions musclées que l’Atlantique lui impose. A mi-parcours, le bilan technique est pleinement rassurant, Clément Surtel l’atteste : « Pas de casse à déplorer, rien n’a été abîmé. L’énergie tourne parfaitement. Le potentiel du bateau, pour l’instant, est toujours de 100%. » Un constat rassurant qui permet à Alexia de se projeter : « C’est vraiment réconfortant de se dire je peux exploiter pleinement les capacités de mon bateau, batailler contre les éléments pour aller régler mes voiles, sans avoir besoin d’aller bricoler. C’est un super entraînement pour la suite et je sais déjà sur quoi il va falloir qu’on travaille en vue de l’Arkea Ultim Challenge Brest. »
Dans quelques jours viendra la dernière étape du parcours et sans doute la plus difficile : ce fameux tour de Guadeloupe qui a écrit les plus belles histoires de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Comme ce finish haletant de 2018, lorsque Francis Joyon arrache la victoire à François Gabart avec sept petites minutes d’avance, avec un certain bateau rouge, aujourd’hui entre les mains d’Alexia Barrier.