A l’Aveugle / France 3

Un reportage de France 3 Bretagne sur le Class 40 A l’Aveugle avec François Jambou et Michel Desjoyeaux notamment…

En piste pour la Route du Rhum – Destination Guadeloupe de façon originale et sociétale !

François Jambou dans les starting-blocks

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Le vainqueur de la Mini Transat 2019 dans la catégorie des prototypes, même s’il n’a pas encore beaucoup navigué sur son Class40 « A l’aveugle », met les bouchées double en cette rentrée afin d’être totalement prêt pour le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe le 6 novembre. Le navigateur concarnois, entre quelques navigations avec des non-voyants et en collaboration avec l’association UNADEV et le projet Cécivoile, sera au départ de la 40′ Malouine Lamotte du 15 au 18 septembre.

« Cette compétition va me permettre d’avancer dans ma préparation » déclare François hyper motivé. « L’idée est de valider tout ce que nous avons fait en chantier sur mon vieux Mach40. Je pense aux systèmes électriques et électroniques mais aussi à l’appréhension de notre nouveau jeu de voiles. Lors de cette épreuve, je vais naviguer seul sur un long parcours et avec des non-voyants dont Nicolas Rondouin, récent Champion d’Europe Blind Sailing à Sciez en Haute-Savoie et Alexandre Le Gallais, mon armateur, lors de parcours côtiers. »

François, par la suite, enchaînera les navigations d’entraînement au départ de Concarneau afin de progresser. « Je ne veux rien à avoir à me reprocher en termes de préparation lorsque l’on sera à Saint-Malo début novembre. Nous avons un projet modeste mais nous sommes très consciencieux afin de ne rien laisser au hasard. »

L’objectif de François est de faire une belle trajectoire entre Saint-Malo et la Guadeloupe, terminer la transat et se donner les moyens d’être dans le coup. « Il est clair que sur 54 Class40 au départ de la Route du Rhum quasi la moitié sera des voiliers neufs bien plus rapides que mon Class 40 notamment au vent de travers mais je dispose d’atouts dans le petit temps, le médium et nous pouvons imaginer quelques scénarios où j’ai mes chances de bien faire. »

Les prise de quart ont débuté au sein de la famille Jambou. « Nous avons accueilli un petit Gabriel il y a deux mois. Je travaille donc mes réveils et des micro-siestes ce qui va me servir en mer » sourit François.

François, avec Alexandre Le Gallais, continue par ailleurs à proposer des navigations aux non-voyants afin de leur faire découvrir la pratique de la voile et quelques techniques spécifiquement adaptées comme les penons électroniques de Michel Desjoyeaux. « C’est un réel plaisir de naviguer avec des non-voyants. Je suis bluffé par leur capacité à comprendre le fonctionnement d’un bateau et même des subtilités aux réglages. Je compte d’ailleurs le plus souvent possible lors de la Route du Rhum me mettre en situation et envoyer à terre des vidéos permettant de découvrir la voile d’une autre façon « A l’aveugle » conclut le champion qui est toujours à la recherche de partenaires complémentaires.

A l’aveugle !

Passionné de voile mais encore très peu expérimenté en course au large, Alexandre Le Gallais, PDG du Bassin Français, ambitionne de s’aligner au départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en 2026. Pour mener à bien son projet et atteindre ses objectifs, l’armateur et chef d’entreprise, qui maîtrise parfaitement les bases du management, le sait, la rigueur et l’anticipation sont les clés de la réussite, de même que le fait de savoir bien s’entourer. Ce n’est donc pas un hasard s’il a fait appel à François Jambou, vainqueur de la Mini Transat 6.50 2019 en Proto. Ce dernier, particulièrement attaché à la notion de transmission, va ainsi l’épauler dans sa préparation, courir la prochaine édition du Rhum à bord du Class 40 « A l’aveugle » avec pour but, notamment, de porter un coup de projecteur sur l’association Unadev qui lui tient à cœur, mais aussi assurer, à ses côtés, le suivi de construction et le développement de son nouveau Mach40.5 dont la mise à l’eau est prévue début 2023.

Rêver son projet n’est pas une chose facile pour une personne entraînée à raisonner logiquement, à dérouler des processus, fixée sur des objectifs quantifiés, réels, concrets. Alexandre Le Gallais a toutefois choisi de franchir le cap et de concilier au mieux raison et passion. Une passion pour la voile qu’il a développée tout gamin, lors de stages de voile légères réalisés à la Trinité-sur-Mer à l’occasion de vacances scolaires, et qu’il a concrétisée il y a deux ans en faisant l’acquisition d’un monocoque habitable (un Hanse 430). « J’ai alors recontacté un copain avec lequel j’avais fait le Trophée des Lycées il y a plusieurs années. Nous avons participé à différentes régates en Méditerranée comme les Voiles de Saint-Tropez ou la Rolex Giraglia. Depuis, impossible pour moi de décrocher. Je suis accro », explique le PDG du Bassin Français qui a ainsi lancé la construction d’un Mach40.5 chez J.P.S. Production. Un 40 pieds de type scow dont il attend la livraison début 2023. « Je vais me retrouver à la barre d’une Formule 1 mais je n’ai pas d’expérience en Class40. Cette année va donc être pour moi une saison d’apprentissage », explique Alexandre qui s’apprête à faire ses armes à bord d’un Mach 40 de 2012 auparavant passé entre les mains de Jörg Riechers et Bertrand Delesne. « L’idée est de me mettre le pied à l’étrier avec l’aide de François Jambou pour m’accompagner. En novembre, lui disputera la Route du Rhum à bord du bateau et moi je ferai la course par procuration avant de m’aligner au départ de l’édition suivante, en 2026, lorsque je serai prêt », argumente l’armateur qui participera toutefois au Championnat du Monde Class40 la semaine prochaine à La Rochelle, puis à La Trinité-Cowes, à la Cowes – Dinard, à la Drheam Cup et à la 40 Malouine Lamotte d’ici à la fin du mois de septembre.

Apprendre et monter son niveau de jeu

« Apprendre est un objectif dans le but de devenir performant mais il ne s’agit pas là de l’unique leitmotiv du projet. Il s’agit également de contribuer à faire de la voile une pratique plus accessible et inclusive pour les non et malvoyants », note l’entrepreneur dont le voilier va se nommer « A l’aveugle ». « Il est important pour moi de mettre en lumière le travail de l’Unadev, une association qui, depuis 1929, favorise l’autonomie des personnes déficientes visuelles, leur épanouissement et leur accès à une pleine citoyenneté », détaille Alexandre Le Gallais rappelant que le projet appelé Cécivoile soutenu par la FFVoile depuis octobre 2020, revêt de nombreuses dimensions visant la pratique, avec la plus grande autonomie possible, de sportifs non et malvoyants parmi lesquelles la création de supports pédagogiques favorisant un apprentissage adapté, la formation et sensibilisation des encadrants voile ou encore le développement d’innovations technologiques venant compenser l’absence de repères visuels.

Contribuer à l’autonomie des personnes déficientes visuelles

« En ce sens, notre bateau sera équipé de la solution de penons électroniques mise en place par Michel Desjoyeaux. Celle-ci communique avec une application Saranav développée sous l’impulsion de l’Unadev. Elle récupère toutes les données du bateau (vent, cap, vitesse, angle du vent…) et les annonce à l’oral », précise le skipper de Concarneau dont la monture sera la seule du circuit équipé de cette technologie permettant au pilote automatique du bateau ou au skipper déficient visuel de prendre en considération les flux laminaires sur les voiles, et donc optimiser les réglages. « Le but est de faire naviguer des malvoyants sur le bateau en quasi-autonomie sur différentes courses mais aussi lors de journées dédiées », souligne de son côté François Jambou dont la transmission est le cœur de métier, que ce soit au sein de l’INB (Institut Nautique de Bretagne) ou au Pôle Mini 6.50 de Concarneau. « Notre ambition est également de sensibiliser le grand public au handicap visuel et la Route du Rhum, évènement populaire s’il en est, va naturellement permettre de porter un joli coup de projecteur sur l’association et ses actions, même si le bateau actuel ne permet pas d’imaginer jouer aux avant-postes, mais néanmoins de rivaliser avec les machines de la même génération », termine l’ancien vainqueur de la Mini Transat, ravi, aujourd’hui, d’étoffer son expérience sur des bateaux plus gros.